Hanami / 花見

Hanami  花見
Nous chanterons le temps des cerises…

Hanami  花見 (littéralement « regarder les fleurs ») ou O-hanami, est une des coutumes les plus suivies au Japon, et l’une des plus connues à l’étranger. Elle a lieu en Mars – Avril, au moment de la floraison des cerisiers.

1. Histoire

La coutume du hanami aurait débuté durant la période Nara (710-784), à l’époque où la dynastie chinoise Tang a fortement influencé le Japon, entre autre en apportant la coutume d’apprécier les fleurs. Cependant à cette époque les gens admiraient les fleurs d’ume (梅, prune). Ce n’est que durant la période Heian (794-1185) que les sakura 桜 (fleurs de cerisier) ont commencé à attirer plus d’attention. En effet, la floraison du cerisier coïncidant avec le début de la saison de plantation du riz et le renouveau des activités agricoles, des offrandes étaient faites au pied de cet arbre pour les divinités qui y habitaient. Ensuite, les paysans participaient à l’offrande en buvant du sake 酒.

Un siècle plus tard, l’empereur Saga 嵯峨天皇 (qui vécut à la période Heian) a repris et élargi cette coutume pour en faire la fête de la « contemplation des fleurs » en l’accompagnant de mets recherchés et de sake fins, sous les branches des cerisiers en fleur dans la cour impériale à Kyōto. Des poésies étaient écrites, louant les fleurs sensibles, qui étaient vues comme une métaphore de la vie elle-même, lumineuse et belle, mais passagère et éphémère. Les poèmes sur Hanami sont nombreux :

La nuit de printemps s’achève
Le jour se lève
Sur les cerisiers
(Matsuo Bashô)

La coutume était à l’origine limitée à l’élite de la cour impériale, mais s’est rapidement répandue à la société des samouraïs et à partir de la période Edo (1600-1868) aux gens du peuple. Ils prenaient un repas et buvaient le sake dans l’allégresse sous les cerisiers en fleur. Rapidement, cette coutume de boire et de manger sous les arbres en fleurs a été reprise par le peuple pour devenir une tradition nationale au 17e siècle. Aujourd’hui, cette célébration du renouveau coïncide avec le début de l’année scolaire et universitaire et de l’année fiscale (1er avril).

2. De nos jours :

Durant la période de floraison des cerisiers, les Japonais partent pique-niquer en famille ou entre amis sous ces arbres. C’est un événement très populaire et très suivi. La floraison des pruniers, qui arrive avant celle des cerisiers, est beaucoup moins suivie mais enthousiasme toujours un grand nombre de japonais.

Le cerisier fêté n’est pas l’arbre qui donne des cerises, celui-ci étant d’une autre variété : c’est un arbre uniquement cultivé pour ses fleurs. Sa floraison ne dure que quelques jours, mais durant cette période, le pays entier se met à l’unisson des couleurs de l’arbre en se parant de toutes les nuances de rose. Le gâteau de saison est d’ailleurs le sakura mochi, pâte de haricot rouge enveloppée de riz pilé teint en rose, le tout enveloppé dans une feuille de cerisier en salaison. Si la fleur de chrysanthème est l’emblème officiel du Japon, car associée à la famille impériale, les Japonais se reconnaissent avant tout dans la fleur de cerisier aux cinq pétales. D’innombrables œuvres artistiques lui sont dédiées ainsi que des chansons, des plus traditionnelles à la J-Pop, ce motif décoratif est décliné à l’infini sur les kimono, la vaisselle, les meubles, etc. Ainsi que sur la pièce de 100 ¥.

Hanami donne lieu à de grandes réjouissances populaires et est l’occasion pour nombre de famille, de groupe d’amis et collègues de travail d’aller pique-niquer sous les arbres fleuris. Il devient alors difficile de trouver un emplacement disponible pour s’installer sur les sites les plus réputés. Les emplacements sont souvent réservés dès le matin. Il existe plusieurs techniques pour réserver son emplacement :

  • Installer dès les premières lueurs du jour sa « bâche à pique-nique » (de couleur bleue) en y laissant son nom bien en évidence ;
  • Envoyer un ami qui gardera l’emplacement jusqu’à l’arrivée du groupe.

Télévisions et radios sont mobilisées pour l’événement. Hanami n’a rien de mathématique et ne tombe pas à jour fixe. Les moments les plus appréciés sont l’apparition des premières fleurs (開花 kaika) que guettent les photographes et la période de pic de floraison (満開 mankai). Durant les émissions de météo à la télévision, la progression de l’éclosion est représentée. Cette ligne de front (桜前線 sakurazensen) permet de connaître le moment où les cerisiers éclosent. Les premières floraisons apparaissent, début janvier, au sud de l’archipel dans sa zone subtropicale (Okinawa). Elles remontent alors progressivement vers le nord pour atteindre Tokyo en mars et se terminer à Hokkaido en mai.

On peut le fêter dans chaque ville, chaque région, chaque quartier car ils possèdent tous leur promenade sous les cerisiers. Toutefois, il existe quelques endroits réputés.

A Tokyo, on peut citer :

  • le parc d’Ueno,
  • le parc de Shinjuku,
  • Chidorigafuchi près du Palais Impérial où l’on peut louer des barques pour naviguer sur les douves en admirant les cerisiers,
  • le parc Sumida sur les bords de la rivière près d’Asakusa,
  • le jardin botanique de Koishikawa où l’on peut admirer diverses variétés de cerisiers.

A Yokohama :

  • le parc Kaminoyama près de Minato Mirai, ou le Sankeien dans un grand jardin où se trouvent des bâtiments anciens.

A Kamakura :

  • le Dankazura, l’allée menant au sanctuaire Tsurugaoka Hachimangu où les fleurs de cerisiers forment une véritable arche.

A Kyoto :

  • le parc de Maruyama avec son immense cerisier pleureur illuminé la nuit,
  • le Chemin des Philosophes sur le bord du canal entre le Pavillon d’Argent et le temple Nanzenji, le sanctuaire Heian avec ses nombreux cerisiers pleureurs au bord de l’étang,
  • Arashiyama où les cerisiers vont des berges de la rivière aux fins fonds des montagnes,
  • la rivière Kamogawa qui traverse la ville,
  • le temple Daigoji où Toyotomi Hideyoshi organisa un gigantesque hanami resté dans l’histoire,
  • le sanctuaire de Hirano pour ses nombreuses variétés de cerisiers et ses illuminations nocturnes,
  • le canal Okazaki près du sanctuaire Heian pour ses promenades en bateau sous les cerisiers.

A Osaka :

  • le parc du château d’Osaka, ou le jardin du musée de la Monnaie (ouvert uniquement à cette occasion) avec ses essences rares de cerisiers.

Dans la préfecture de Nara, le mont Yoshino est apprécié depuis des siècles pour ses plus de 30 000 cerisiers couvrant la montagne. On peut encore citer le parc du château de Himeji, l’ancienne ville de Kakunodate dans la préfecture d’Akita, ou le parc du château de Hirosaki dans la préfecture d’Aomori.